Avez-vous déjà été confronté à un pervers narcissique ? Comment identifier un pervers narcissique ? Comment réagir ? A partir de ma pratique, des témoignages de mes patients, victimes, je vais essayer de décrypter pour vous qui est le pervers narcissique, quelles sont ses proies, comment elles peuvent s’en sortir et si le pervers narcissique est « guérissable ».  Le pervers narcissique est un terme utilisé un peu n’importe comment, pourtant il est important de distinguer la perversion narcissique comme fonctionnement de personnalité, et les comportements pervers ou narcissiques, qui peuvent apparaître chez chacun d’entre nous à tout moment. Les pervers narcissiques n’ont rien à voir avec un comportement occasionnel. Au contraire il s’agit bien d’une personnalité tout entière basée sur un mode de fonctionnement particulier. Et n’importe qui, à un moment de sa vie peut tomber sous la coupe d’un tel profil.

Véritable machine à broyer, sa sphère privilégiée est la sphère amoureuse mais il exerce aussi dans le cercle familial ou l’univers professionnel. Entre 10 % et 20% de la population serait touchée et cette pathologie atteint plus largement les hommes.

Le pervers narcissique est-il malade ?

C’est une pathologie du registre des états instables ou borderline, entre la famille des névroses, c’est à dire des structures du registre de la normalité, et des structures psychotiques (dont la plus connue est la schizophrénie). Le pervers narcissique oscille donc entre la folie et une forme apparente de normalité. La différence est que la lutte se joue en interne pour les schizophrènes alors qu’elle s’exprime dans la relation avec l’autre pour un pervers narcissique (PN). Sous ses airs de conquérant, le PN est un petit garçon capricieux, terrorisé à l’idée de perdre la face, de se dissoudre dans son néant affectif. Attention, c’est une folie sans symptômes apparents.

homme dominant une femme

Qui est le pervers narcissique ?

Il fonctionne 24 heures sur 24 heures dans la stratégie et la manipulation, sur le mode de la prédation. Le pervers narcissique a une intelligence stratégique, très rationnelle. Il fait tout pour séduire et mettre sous emprise son entourage, l’exploiter et le détruire 

Il détruit tout à fait consciemment, il utilise uniquement son intelligence stratégique, car il n’aime pas, ne sait pas aimer. Il calcule de manière très pragmatique comment séduire et exploiter ses proies.

Narcissique, il est obsédé par l’image qu’il renvoie aux autres et cherche continuellement à être au centre de l’attention, il est dans la séduction. Son ego est disproportionné, tout comme ses réactions, il n’accepte pas la moindre critique, a une volonté inébranlable et il a toujours raison.

Il est maître dans l’art de trouver les points faibles et les vulnérabilités de sa proie. Atteint de troubles pervers graves, il éprouve de la jouissance à faire souffrir l’autre et à l’instrumentaliser pour le détruire. Excellent marionnettiste et manipulateur, il sait parfaitement utiliser autrui pour obtenir ce qu’il veut. Il ment souvent et déteste par-dessus tout se faire démasquer. 

L’un de ses plus stratagèmes est de jouer le rôle de victime. Auto-élu victime, son entourage compatit, le plaint, le comprend dans ses épreuves. On l’écoute, qui se méfierait d’une victime ? 

Comment devient-on pervers narcissique ?

Les causes possibles de ce grave borderline sont multiples. Les facteurs de risque seraient à la fois génétiques et environnementaux. Ce sont donc des personnes qui ont vécu des traumatismes via leurs relations familiales :

  • Une éducation stricte où il fallait toujours exceller pour être récompensé ou à l’inverse une éducation trop laxiste où les compliments de la mère/père fusaient et l’admiration était sans limite.
  • Un traumatisme subi dans le passé (abus, agression, trahison). Le narcissisme est alors un mécanisme de défense pour ne pas être détruit une nouvelle fois.
  • Un modèle parental lui-même narcissique, qui n’a jamais appris à son enfant l’empathie et la modestie.

La « proie idéale » du pervers narcissique 

La toxicité du pervers narcissique, se nourrit des relations et des sentiments, de la vulnérabilité et des failles. Le couple peutdonc être son terrain de jeu idéal ! 

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, la victime n’est pas une pauvre minable, c’est en général, une personnalité attirante et solaire, empathique et généreuse, intelligente et sensible et elle n’éprouve aucun plaisir à souffrir. Elle est débordante d’amour à donner. Tolérante, patiente, elle est dotée d’un grand niveau d’idéal. Facilement culpabilisable, elle a toujours l’impression qu’elle n’en fait pas assez ni assez bien. Dans son besoin vital d’être aimée qui la rend si vulnérable, elle cherche à faire plaisir.

  • Le PN s’est intéressé à elle car il a besoin de quelqu’un de solide, aimant, bienveillant, plein d’énergie et de ressources pour s’en nourrir, tel un vampire. En « prédateur génial» il a une intuition incroyable pour scanner les personnalités et trouver la faille chez sa future proie.
  • Elle peut être fragilisée soit par un traumatisme récent : deuil, rupture, difficultés financières, échec professionnel…, soit par des blessures d’enfance d’abandon, des carences affectives, un immense besoin d’être aimée et/ou elle ne se sent pas digne         d’être aimée.
  • Le pervers narcissique peut être attiré par celles et ceux qui se remettent en question et qui, ainsi, sont plus souples, plus malléables et donc plus facilement manipulables.

Son mode opératoire 

SEDUCTION : Il entre d’abord dans une phase de séduction et sait lui dire à sa proie tout ce qu’elle a tant besoin d’entendre. Séducteur accompli, il va la flatter de manière démesurée, la mettre en valeur, la rendre accro à l’image qu’il lui renvoie. 

Lorsque la séduction s’installe, le masque tombe et commence alors la descente aux enfers pour celui/celle sur qui il a placé ses griffes. Perte de confiance et de repères, destruction, idées noires,le pervers narcissique prend le contrôle sur sa victime prise au piège

ISOLEMENT : Il organise progressivement son isolement en agissant simultanément sur son environnement familier, allant jusqu’à la faire quitter son travail, déménager… et sur son entourage en commençant à se débarrasser discrètement de ceux qui l’encombrent.

En coupant la victime de toutes ses bases, le pervers narcissique s’arroge les pleins pouvoirs dans sa vie. Il en fait sa chose. Il lui dicte sa loi, la victime devient une marionnette, un jouet pour le PN qui ne la reconnait pas comme personne car il est dénué de sentiments.

DESTRUCTION PSYCHIQUE : Parallèlement, la victime fait l’objet d’un « lavage de cerveau » et devient très rapidement l’objet d’un dénigrement perpétuel, d’abord exprimé sous forme de boutades, qui deviennent de plus en plus violentes :

  • dénigrement « tu es nul(le), bon(ne) à rien, gros(se)… » 
  • renversement de la souffrance « j’en ai assez de tes sautes d’humeur», « c’est toi qui est folle/fou » 
  • culpabilité « tu ne fais jamais l’effort de me comprendre »…
  • créer le manque avec des phases d’éloignement pour créer le vide autour de la victime et l’obliger à rappeler ou à faire le premier pas de retour vers le PN.

EMPRISE : La destruction psychique est en place, la proie devient un paillasson. Le pervers narcissique a jeté son emprise sur sa proie, il lui tient désormais lieu de seul et unique pilier mais aussi de seul et unique référent. La victime pétrifiée, privée de toute réaction, a permis au piège de se refermer. Elle perd progressivement ses repères, ses valeurs, son discernement, l’estime d’elle-même, se vide de son énergie et finit par être totalement sous l’emprise de son bourreau, sans même s’en apercevoir, et elle finit même par trouver cela normal

marionnette et marionnettiste

Peut-on les soigner ?

Malheureusement non, c’est une pathologie grave. On ne peut pas rajouter une structure manquante depuis l’enfance. Et il est très rare que le PN prenne conscience de sa pathologie et tente d’entamer un processus de soin avec un professionnel. Son mode de pensée l’en empêche puisque : « tout est de la faute des autres ». Les « autres » en question ne seront eux-mêmes pas en mesure de soigner l’individu, même si inconsciemment ils y aspirent, et ne font que le conforter dans sa position. En établissant un mode relationnel basé sur l’empathie, la confiance et la sincérité, la victime va indirectement répondre au désir du pervers 

Alors, que faire quand on est victime d’un pervers narcissique ?

La seule stratégie c’est de fuir dès que possible car on sera toujours moins fort que lui. Il met une énergie désespérée que l’on ne peut pas avoir. Il faut sauver sa vie pendant qu’il en est encore temps car le combat ne fait que vider, exterminer à petit feu dans le silence des murs d’une maison. Rester, c’est mourir à petit feu dans une destruction invisible et inévitable.

On ne peut pas négocier avec un pervers narcissique, les discussions ne mènent à rien. Pour le mettre hors d’état de nuire, il faut entrer dans une indifférence totale, le bloquer sur les réseaux sociaux. Il ne faut plus du tout communiquer avec lui, même les insultes, c’est un contact et ça lui suffit. Cependant il ne faut pas s’y tromper, une victime qui se mure dans le silence n’est à l’abri de rien car de son côté, le PN va chercher à tout faire pour convaincre.

La gestion des enfants doit rester le seul contact. Il faut impérativement prévenir le cercle familial et amical parce qu’il ne supporte pas le rejet et qu’il fera tout pour récupérer sa proie.

Faites-vous aider !

Surmonter une telle épreuve est un combat. L’atteinte importante de l’estime de soi est parfois telle que la victime se sent pleinement responsable de ce que lui fait subir le pervers narcissique. Dans ces conditions, il faut prendre du recul sur la situation, obtenir une image objective de qui on est et donc trouver la force de mettre un terme à la relation toxique.

C’est une dure tâche, presque impossible à réaliser seul/e. Faites -vous accompagner par un professionnelpour vous aider à sortir de cette relation toxique, en faire le deuil et revivre.

Le travail sur vous-même vous permettra de prendre conscience de ce que vous êtes en train de vivre, de mettre des mots sur ce que vous avez pu vivre et, ainsi, de passer du statut d’objet à celui de sujet.

Le professionnel vous écoutera sans vous juger (ce qui n’a pas dû vous arriver depuis longtemps) et vous proposera un cadre de confiance structurant dans lequel vous pourrez enfin lâcher vos défenses.

Vous devez reprendre confiance en vous pour vous reconstruire !



Anne Rigaud-Walker : Coach professionnel certifiée HEC